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LÉGENDES DE DENIS ROCHE
Denis Roche
Essai de photo-autobiographique (épuisé)
Que veut dire l’idée qu’un homme raconte sa vie en photos, sinon qu’il s’est fait, une fois pour toutes, à cette autre idée : qu’il n’a plus désormais affaire qu’à l’incessant et admirable aller et retour que la lumière et la forme vont entreprendre, à sa place, entre la mort et la vie, c’est-à-dire entre l’oubli et Narcisse, entre le corps qu’on immerge et la Révélation ?
Le livre une fois réuni, est-ce donc à une ombre de lui-même, à mille ombres, mais reproduites à l’infini, à ces ombres à peine pénombres, à ces subtiles densités tout juste augmentées par des effets d’encre, à ce désordre de lieux, de gens, d’événement et d’amours qu’il lui faudra survivre ? Et par ce livre, comme par un fait exprès ?
Ou bien n’est-ce pas plutôt qu’il s’essaye à une écriture de lumière qui envahit tout ? À une calligraphie enchantée dont le dessin se fait partout, en même temps, habitant unique que les Parques n’avaient pu soupçonner et qui fait que tout s’agite, que tout s’agiterait ?
Ne serait-ce pas une façon comme une autre de courir le ”sans effet” à prise rapide, le contour imprécis qui revient de l’art, l’idée mensongère, la fiction altérée que ne cesse d’épuiser l’esthétique ?
L’écrivain sera toujours le légendeur de rêve d’une pareille histoire : il prend son temps, il est un appeau magnifique, sculpté en forme d’homme, qui attire à lui le vide envahissant pour le peupler et l’animer, et, à son tour — comme le fait l’esthétique — pour l’épuiser.
Denis Roche |